Wednesday, 25 September 2013 13:43

Declaration pour la Conference Anti-fasciste Internationale, 5-6 Octobre, Athènes

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L'assassinat de sang froid de Pavlos Fyssas, artiste de 34 ans, à Keratsini par des voyous de l'Aube Dorée dans une embuscade nazie a choqué des millions de personnes en Grèce et dans le monde entier.

Il y a huit mois, c'est le travailleur pakistanais Shehzad Lukman qui a perdu la vie, poignardé par des membres de l'Aube Dorée à Petralona. Le tocsin résonne à présent pour tous-tes : les escadrons paramilitaires des néo-nazis, portant des chemises noires et des variations sur la croix gammée, lancent des attaques meurtrières contre les militants de gauche, les anarchistes, les communistes, les syndicalistes et les antifascistes. Dans le même temps se creuse le désastre économique, terreau de l'émergence du fascisme. Il est à présent clair que ceux qui ont cru à un retour rapide à la normalité et à un dégonflement automatique de l'Aube Dorée avaient tort. Les grands combats ne sont pas derrière nous. Ils sont devant nous.

La responsabilité du gouvernement de droite d'Antonis Samaras — soutenu par ce qui reste du PASOK social-démocrate d'Evangelos Venizelos — est écrasante. Nous comprenons que les analogies historiques peuvent souvent être trompeuses. Mais la crise que connaît la société grecque peut être comparée à celle des années 1930. L'Aube Dorée prend comme modèle le mouvement national-socialiste de Hitler. Face à cette menace, le gouvernement de Samaras durcit son programme réactionnaire, sous la forme de décrets autoritaires grâce à l'utilisation du pouvoir exécutif. Il semble osciller entre la politique d'Engelbert Dollfuss dans l'Autriche d'entre-deux-guerres et celle d'Heinrich Brüning en Allemagne sous la république de Weimar. L'expérience historique montre que ces politiques n'ont pas arrêté le fascisme, mais lui ont ouvert la voie.

Le racisme en Grèce est devenue la politique officielle de l'Etat. Des milliers d'immigrants sont parqués dans des camps de concentration pendant des périodes qui peuvent aller jusqu'à 18 mois parce qu'ils n'ont pas de papiers en règle. L'accès au centre-ville d'Athènes est dangereux si vous avez la peau sombre, que ce soit en raison de la politique de contrôle de la police grecque qui porte le nom orwellien de « Xenios Zeus » (Zeus l'hospitalier) ou en raison des attaques fascistes de l'Aube Dorée. En même temps, le gouvernement Samaras continue la mise en œuvre zélée des mémorandums d'austérité imposés par la Troïka et réprime sauvagement les mobilisations des syndicats et de la jeunesse, c'est à dire de la seule force qui peut fournir une alternative collective à l'abîme de la crise. Le gouvernement sape donc les fondements des libertés et des droits démocratiques acquis par le sang et le sacrifice, lors du renversement de la junte des colonels et des luttes de la période de transition qui a suivi.

Les signataires de cet appel ne croient pas que l'histoire ne fait que se répéter. Nous avons vu dans la pratique, et nous avons même pris une part active à la formation de la force qui peut tracer aujourd'hui un chemin différent contre la menace fasciste, contrairement à ce qui s'est passé dans les années 1930. Les grandes manifestations antifascistes contre l'assassinat de Pavlos Fyssas ne sont pas tombées du ciel. Derrière elles il y a un militantisme antifasciste et antiraciste obstiné, à long terme, dans les quartiers, sur les lieux de travail, dans des grandes mobilisations comme celle du 19 Janvier 2013. C'est ce mouvement qui contrôle les rues, pas les troupes d'assaut nazies de l'Aube Dorée. Le développement le plus prometteur de ces derniers mois est l'émergence d'un antiracisme militant avec les immigrés eux-mêmes comme sujet, depuis les cueilleurs de fraises de Manolada jusqu'aux prisonniers rebelles d'Amygdaleza en passant par les enfants de la deuxième génération qui luttent pour la citoyenneté.

Ce mouvement doit s'approfondir, s'étendre et se coordonner. Afin de réaliser tout cela, il doit d'abord et avant tout être en mesure de discuter de sa stratégie, de sa tactique, de ses initiatives, de ses activités. Pour cette raison, nous pensons que la participation à la conférence anti-fasciste organisée par KEERFA les 5 et 6 octobre dépasse les limites d'une organisation unique. Nous appelons les antifascistes de toute la Grèce à participer à la réunion nationale du 5 octobre. Nous nous préparons à accueillir des amis et des camarades du monde entier lors de la réunion internationale du lendemain. Nous proposons une coordination paneuropéenne de l'activité avec une journée internationale d'action le 22 Mars 2014 et d'autres actions contre le fascisme et la politique raciste de la « forteresse Europe ».

Nous vivons à Athènes, Thessalonique et dans d'autres villes grecques, où nous avons le «privilège» d'entendre plus clairement que quiconque en Europe les hurlements d'un système qui, traversant sa crise la plus sévère, menace de faire renaître les monstres du 20e siècle. Nous vous attendons à Athènes, les 5 et 6 octobre pour faire en sorte que, dans la plus grande bataille de notre temps, ce ne soit pas le désespoir qui l'emporte, mais l'espoir.

Signataires:

1. Petros Constantinou (coordinateur de KEERFA, conseiller municipal à Athènes.Poursuivi du fait de son activité anti-raciste et anti-fasciste pour « diffusion de fausses nouvelles »).

2. Javied Aslam (leader de la communauté pakistanaise en Grèce. Persécuté par l'Etat grec en collaboration avec la dictature Musharraf sur de fausses accusations pour lesquelles il a été acquitté).

3. Spyros Marketos (historien, Université Aristote de Thessalonique. Accusé de « traite d'êtres humains » pour avoir accompagné une réfugiée somalienne à l'aéroport de Thessalonique).

4. Babis Kouroundis (avocat, membre du conseil d'administration du Barreau de Thessalonique. Accusé aux côtés de Spyros Marketos pour avoir accompagné une réfugiée somalienne à l'aéroport de Thessalonique).

5. Kostas Papadakis (avocat, membre du KEDDE. Il a défendu des immigrés dans de nombreux cas, parmi lesquels celui de la syndicaliste immigrée Konstantina Kouneva).

6. Kostas Arvanitis (journaliste).

7. Moisis Litsis (journaliste, membre du conseil de l'Union des Journalistes — ESIEA).

8. Margarita Papamina (enseignante en école primaire, membre du KEERFA à La Canée. Poursuivie par Aube Dorée qui l'accuse d'avoir jeté un de ses dirigeants à la mer).

9. Eugenia Kouniaki (avocate. Elle est active dans le mouvement pour les droits des immigrants et des réfugiés et a défendu des victimes d'attaques fascistes meurtrières, parmi lesquelles celle de Skordelli, membre d'Aube Dorée, à Agios Panteleimon).

10. Dimitris Livieratos (historien du mouvement ouvrier, combattant de la Résistance contre les nazis dans les années 40).

11. Makis Kavouriaris (universitaire, a pris part au mouvement contre la dictature).

12. Katerina Thoidou (journaliste à "Solidarité ouvrière", membre du KEERFA à Nikaïa. Poursuivie pour « diffamation » à l'initiative d'un avocat payé par un membre d'Aube Dorée).

13. Takis Zotos (avocat, membre du KEERFA, Il a entrepris des poursuites dans le cas de l'assassinat du travailleur pakistanais Shehzad Lukman par les membres d'Aube Dorée).

14. Vassilis Kukalani (directeur de la pièce de théâtre antiraciste « Un festin chez Nutian »).

15. Thanassis Kampagiannis (avocat, auteur du livre « La lutte contre le racisme aujourd'hui »).

16. Georgia Mavragani (réalisatrice, participe au « collectif Mavili »).

17. Jemali Miliazim (enseignant, membre du KEERFA à Xanthi. Victime d'une attaque fasciste lors d'une campagne antifasciste, l'agresseur a pris la fuite).

18. Irini Fotelli (employée de la chaîne de télévision publique ERT).

19. Nazim Mahmoud (travailleur pakistanais, membre du KEERFA à Peristeri. Victime d'une agression fasciste, aujourd'hui poursuivi pour « coups et blessures » et « possession d'armes »).

20. Reza Golami (Association des Afghans Unis en Grèce).

21. George Tsamouris (membre du KEERFA à Zografou.Victime d'une agression fasciste, pour laquelle les auteurs ont été condamnés).

22. Abdul Shafir (migrant pakistanais, ex-prisonnier du camp de concentration d'Amygdaleza).

23. Antonis Alfieris (membre de l'Initiative Anti-Nazie du Pirée).

24. Costas Katarahias (médecin, président du syndicat des travailleurs de l'hôpital Agios Savvas). Il a participé en tant que médecin à des actions contre les camps de concentration et contre les « dons du sang » organisés par Aube Dorée).

25. Zaneta Lysikatou (étudiante, membre du KEERFA à Alexandroupoli. Elle a participé à des manifestations contre Frontex et la construction du mur à Evros).

26. Christina Lada (enseignante en école primaire. Elle a participé activement à la campagne antifasciste qui a obtenu l'annulation du « festival » national nazi organisé par Aube Dorée à Kalamata).

27. Thanassis Diavolakis (enseignant, conseiller municipal au Pirée. Il participe au mouvement antifasciste au Pirée).

28. Rania Nenedaki (conseiller municipal à Zografou).

29. Dimitris Polychroniadis (enseignant en école primaire, conseiller municipal à Maroussi).

30. Panos Garganas (rédacteur en chef de « solidarité ouvrière », qui a largement couvert les mobilisations du mouvement antifasciste et antiraciste et qui est poursuivi pour “diffamation”).

31. Katina Sifakaki (combattant de la Résistance contre les nazis dans les années 1940, antifasciste, 97 ans).

32. Maria Styllou (magazine “Sosialismos apo ta Kato” - “Socialisme par en Bas”).

33. Yannis Sifakakis (Coalition Arretez-la-Guerre).

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